Le disparu du cercueil (1997) /L'Affaire des fausses fausses ordonnances (1999)
Le disparu du cercueil(1997)
Le titre indique un pacte de lecture sous le signe sinon de la parodie, du second degré. Il est vrai que le détective improvisé, Bernard Ladou, a une propension à se disperser... Pour autant, il y a bien une vraie énigme policière qui ne passe pas au second plan.
Le cadavre de Monsieur Pierrelet est retrouvé dans une dépendance: si semblable découverte n'est jamais agréable, à celle-ci s'ajoute une incohérence qui ne peut passée inaperçue puisqu'on a déjà officiellement procédé à son inhumation. Par quels moyen et entremise a-t-il pu disparaître? Et sa sépulture, et son cercueil qu'on a pourtant refermé sur lui devant un parterre de témoins, si toutefois il n'est pas vacant, quelle est l'identité du disparu l'occupant? Pourquoi cette substitution abracadabrantesque? Ainsi se prolongera le mystère du disparu du cercueil, d'un corps qu'il faudra bien inhumer et d'un autre, exhumer.
ou
Le cercueil de Monsieur Pierrelet, en attente d'être inhumé, expose encore son occupant pour que chacun de ses proches et moins proches puissent se recueillir. A la surprise générale, dans la nuit précédant l'enterrement, ce n'est plus le corps de monsieur Pierrelet qui habite le cercueil, mais un autre, qui n'est de la connaissance de personne. Qui est-il? Et où est passé le corps du défunt initial?
D'exhumations, au sens figuré et au sens propre, à la levée du corps, Bernard Ladou, grâce à son art aigu du détail saura percer à jour la supercherie d'une intrigue qui ne laissera personne de marbre, véritable porte ouverte au disparu du cercueil.
SPOILER, ATTENTION : l’affaire des fausses fausses ordonnances (dont une petite présentation suit après cet article) a cette particularité d’amener un éclairage différent sur l’énigme policière susceptible de nuancer gravement la conclusion de l’enquête. Le choix de prendre en compte ce possible recoupement, hasardeux peut-être, appartient aux lecteurs de ces deux oeuvres. C'est à chacun de lire le disparu du cercueil avec l'éventail d'informations offertes, et de surtout composer avec celles qui manqueraient.
On pourra considérer qu'il s'agit de deux mondes à part et nier catégoriquement les recoupements. Les lecteurs décideront, selon leur sensibilité. Car ensuite, comment les appréhender, que prendre exactement en compte? On sait bien le goût de l'auteur pour ce type de ressort et la confrontation des faits est un terrain encore officiellement inexploré. Cela a pu être fait à dessein ou non : l’hypothèse d’un élément supplémentaire donné inconsciemment (une fois écartée la piste du hasard malheureux dans l'écriture et par extension pour le pseudo-coupable) renseignerait plus que Donal ne le voudrait sur son processus d’écriture. On ne pourra développer ce point comme nécessaire sans « spoiler » et retirer ce plaisir au lecteur.
L’affaire des fausses « fausses ordonnances » (1999)
Suite d’épisodes satiriques, sarcastiques ou saugrenus, cet ouvrage prend pour titre l'intitulé de l'un d'eux dans lequel il n'y aura finalement pas "prescription" et dont l'instigateur se trouve être un vrai malade qui pour des raisons relationnelles et par dignité se fait passer pour hypocondriaque... L'effet placebo étant de son point de vue dans l'établissement de l'ordonnace à l'usage du médecin lui-même, imité, mais jamais égalé, par son patient. Comment soigner celui dont le mal est sensible dans l'alitement? Mais nous préférons vous laisser la primeur de cette histoire métaphysico-grotesque.
Autobiographie mi-rêvée mi-réelle, effets de style en tout cas, nous croyons localiser l’auteur lors de certains passages puis le voir disparaître, au profit d'un personnage dont nous ne connaissons pas le nom mais le parcours, de l’école primaire au monde du travail, en passant par l’internat, terrorisant et savoureux. Le chapitre "Les effets secondaires" mérite sans conteste une mention.
Nous retenons ensuite l’humour du « scandale des auteurs fictifs » lorsque sont inventés des auteurs de fictions par le héros, doublement fictifs. Le voilà lancé dans un imbroglio qui exige la surenchère pour rester à flot, grand écart de plus en plus intenable. Notre héros s’en sortira avec brio. Non sans épingler au passage « ses professeurs en amertume »*.
Là n’est pas tout, la figure du « père spiritueux » (contraction de père spirituel en matière de spiritueux) vaut son pesant de rires. Le même qui sera institué « Patron des employés » par ses pairs, chose qui insupportera le réel « superviseur en chef ». Ce père, parfois spirituel, parfois simple spirite, tient des propos souvent mal interprétés lorsqu'il dit par exemple, au bord de la retraite, qu' "il vaut mieux pour les autres qu'il parte" puisque l'on découvre ultérieurement qu'il avait prononcé semblables paroles (au conditionnel) bien des années avant. Partant pour la retraite bien avant d'en avoir atteint le cap, sa récompense, l'âge enfin venu, sera de voir son casier bloqué en hommage… L’affiche qui est collée dessus, « la plaque commémorative », est produite dans le livre et depuis peu sur ce site. N'oublions pas son discours : « je vous quitte pour rejoindre un monde meilleur : la seule promesse que je souhaiterais de votre part serait d’annoncer en ces termes mon départ ». Promesse spontanément et unanimement faite
Autres gags, plus tôt dans le livre, le jeune Thibault, meilleur ami du héros jusqu'à ce qu'il prenne ses parents aux mots, et conformément à leur voeux "reparte de zéro". Il s'agit du même qui, déjà, coupable d'inversion du sujet dans ses dissertations, se spécialise dans les interrogations indirectes... Ou alors quand toute la bande, par une argumentation retorse mais implacable, obtient la publication anonyme des notes... De plus est dénoncée l'absurdité (ou le comble) du vote à bulletin secret voté à mains levées (voir les Courts-essais).
Le lecteur sera sans doute étonné de trouver une ode au désespoir égarée en plein milieu du livre, intervenant par erreur d'impression (ce qui n'est pas sans rappeler, quant au fond et quant à la forme, son premier livre) selon le fil du récit mais donc tout à fait produite dans le cours de celui-ci. .En prenant cette peine, l’auteur alourdit une atmosphère collégienne, le contraste amplifiant l'effet. Certes il nous est recommandé de sauter les pages indésirables. Nous sommes néanmoins bien obligés d’y jeter un œil.
*l'emprunt non déclaré de cette formule à un grand critique ne fera pas l'objet de poursuites, peut-être pour ne pas faire de publicité à l'auteur, ou parce qu'on préfère laisser l'oubli faire sa propre oeuvre.