Ambivalence de l'introuvable chez Donal / Analyse de titres
Ambivalence de l'introuvable (ou parachutage dans l'oubli)
Comment faire le départ entre ce qu'un auteur (au fond postulé fictionnel, échappant à grand-peine à sa propre caricature, allant du mythe littéraire au totem, que l'on doue d'une volonté plus ou moins exacerbée, conçu du dehors, évoluant dans une réalité hors d'atteinte) a eu pour dessein de faire et ce qui a résulté de ses entreprises ? Ce destin a priori imprévisible, ne peut-il sous l'angle contraire nous servir d'éclairage ? Chez quelque écrivain que ce soit, la part d'"introuvable" peut avoir une dimension nulle et close, anecdotique ou fascinante. En l'occurrence, "il se trouve" tant à l'intérieur de ses oeuvres que, justement, à l'abord de celles-ci à peine connues. Irait-on jusqu'à parler d'un idéal, d'une valeur ? De là à penser que cette rareté est un indice de valeur, en gagerait-elle à elle seule?
Plusieurs explications peuvent être avancées : à la plus logique, se prémunir contre une exposition au temps et à la lumière par la cachette, par l'ambivalence du caché et pourtant existant, on peut répliquer que la découverte et par suite l'indexation de l'objet, annulant toute précaution, ce qui a été dérobé témoignant contre soi, ne résiste pas à l'examen dès lors qu'il y est soumis. Tout retour en arrière est impossible. N'eût-il pas mieux valu un secret absolu et hermétique que seule l'inexistence entière et totale puisse offrir ? On pourra arguer, de façon plus classique qu'il s'agit ni plus ni moins que d'ignorer la contestation, pour ne pas employer le mot de critique, mais aussi d'échapper à toute actualité et partant à tout archivage, sachant encore une fois que la découverte annihilera entièrement la démarche et la précaution prise.
La force d'une oeuvre introuvable dont on aurait un indice trouve sa source quelque part... en son lieu même introuvable, en son espace habitable impossible à localiser. Que perd-elle à être connue ? N'a-t-elle pas une adresse, un interlocuteur ? Immunisée, secrète, refermée sur elle-même, elle bénéficie d'un espace libre. Peut-être en effet ne devrait-elle pas exister, peut-être n'a-t-elle pas de valeur sinon morte-née, postulée. De la mystification au mysticisme, quel pont établir? A moins, encore une fois, que ce pont soit une mystification en tout et pour tout, une fausse piste. Sans être nécessairement faux, il serait seulement imaginable, suggéré à titre d'évidence mais invisible. Une oeuvre introuvable -ou presque- existe-t-elle, franchit-elle le pas de l'existence ? Quelle différence y a-t-il entre elle et rien ? Pareille oeuvre n'existerait-elle pas bien et n'existerait-elle pas dans le même temps ? Elle peut être dite marginale, mais cela témoigne encore d'un recensement, d'une position. Il y a l'introuvable et ce qui témoigne de l'existence de cet introuvable, ce qui en est l'affirmation et qui lui est trouvable, visible même de façon tortueuse et qui porte en soi un soupçon de ce dont il affirme l'existence. Est-il bon pour tout texte d'exister, de se proposer ? Mais refuser la critique ne témoigne-t-il pas d'un complexe ?
Ce qui est introuvable trouve son existence légitimée par le fait même de son inaccessibilité : tout y a un droit d'existence, y compris ce qui a une valeur négative, ce qui est en-deçà de la nullité. On ne peut reprocher à cela la place prise partant du point de vue que l'introuvable est une place illimitée, ce qui n'est pas forcément le cas. Cela veut sutout dire que ce qui existe du fait de sa nature se suffit à soi-même, que l'éventualité seule que cela puisse être trouvé suffit amplement et qu'il s'agit de s'en remettre absolument au hasard plutôt que de le porter à la connaissance du monde. Le faire exister, le rendre trouvable même le moins du monde, la possibilité qu'il soit à jour est un danger et surtout l'annulation définitive, la levée et la fin d'un statu quo.
Nous savons l'écrivain porté lui-même sur le retranchement, dans son attitude comme dans sa narration, ce dont sont relativement proches les personnages principaux, comme absents sauf dans leurs moments d'oubli.
Cela veut peut-être dire qu'un tel texte non pas existe indépendamment de son lecteur mais qu'il ne peut exister et se produire comme acte de lecture qu'à des conditions d'accessibilité déterminées allant du secret à ce qui peut momentanément le transpercer.
L'introuvable existe-il? Saurait-on en démontrer l'existence sans le trouver, en le préservant? L'introuvable peut se trouver à l'intérieur du texte sans passer par le caractère physiquement introuvable du livre. L'introuvable est synonyme de secret.
Sachant ou devinant cet espace introuvable, il est à parier que tous ses exégètes chercheront et peu de chances qu'ils ne trouvent rien s'il y avait quelque chose à trouver : que l'on songe à la lettre volée... Car s'il n'y avait à trouver, ni à débusquer, quel fabuleux pied-de-nez ne serait-ce pas ? Et si le plan était parfait et le maintien du mystère absolument voulu, cette théorie resterait invérifiable à moins de mourir avec sa découverte, de s'anéantir avec. Cela n'existe qu'en soupçon. L'introuvable, c'est ce qui est retiré du monde ou ce qui s'est retiré du monde, ce qui voisine nous l'avons dit avec l'inexistence, là où on ne s'attend pas à ce qu'il y ait quelque chose. il faut mériter l'introuvable... mais il y a autre chose à quoi on l'assimile et dont notre auteur est friand, ce sont les portes ouvertes. Les invitations à penser, à entrer dans une pièce, peut-être dans plus que ça, dans un ensemble. Mais voilà, on ne sait si ça correspond à ce qu'il est, à ce qu'il veut faire voir, trouver ou si ce n'est là que l'affirmation, l'exemple donné de ses goûts irrésistibles. Une porte est ouverte sur une pièce d'une même luminosité que celle dont on provient. Quelle conclusion en tirer, sinon que c'est la disposition même qui est à voir, l'ensemble suggéré... dans insaisissable et effacé, cela rappelle l'idée que la visite de la bâtisse (en recherche de l'auteur lui-même ou suivant le tour du propriétaire qu'il nous fait faire?), on procède par élimination... jusqu'à la dernière pièce, dont on élimine ou non la cachette en tant que telle.