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Courts essais (2006) / Remarques sur l'oeuvre

Courts essais (2006)  

 

 Pour Izambard, mais pas contre Rimbaud, Donal, dans ces courts essais, lorsqu'il ne laisse pas libre cours à ses pensées, revient sur les aspects principaux de son oeuvre, traités sous un angle théorique non sans fantaisie. "L'étude à l'oeuvre", qui inaugure le livre, explique sa démarche.

 

L'achèvement des morts

Dans cet essai, Donal se penche sur l’acte consécutif aux tueries occasionnées par les conflits consistant à "achever" les morts, morts ou vifs. Il essaie de placer sur l’échelle des crimes ce devoir si spécifique. Au regard du massacre comme précédent, cette tâche est-elle pire, plus inhumaine? Tuer ne reste-il pas tuer en toutes circonstances, même lorsqu'il s'agit de fermer les yeux sur les éventuels miraculés? Que l’individu soit mort ou survivant modifie-t-il la nature du crime? A ne respecter ni l’un ni l’autre, même après coup, que respecte-t-on encore?

On n’achève pas un mort, on en fait la sépulture, on ne tue pas un survivant de l’extrême, pas lorsque il est sous les morts, que la vie continue dans ce soubassement, on s’incline. C’est sa propre morale que l’on viole, le salut de son âme par celui de toute âme que l'on détruit.

La lecture des Bienveillantes de Jonathan Littell et du Colonel Chabert ont certainement inspiré Donal plutôt que le contraire si on s’en tient aux années de publication.

 

Pour ou contre l’autoritarisme

Donal y réfléchit en  deux fois, la première sur « les versants de l’autoritarisme » et (leurs pentes…) et la seconde qui est une sorte de reprise dans le genre de l’essai de ce qui avait été exposé dans La vie est un cours d’eau tumultueux et nommé ici « le principe des principes à géométrie variable » où Donal confond toutes formes et grandeurs de communautés face à la conjoncture.

Cioran fils spirituel

Donal s’intéresse à Cioran et le rattache à des ancêtres qui lui paraissent légitimes, dont ... Jean de La Fontaine. A travers un axe possible de lecture : « Cioran prouve malgré lui, par renversement, qu'il n'y pas rien à faire ici bas mais bien, par un tremblement de la pensée, renverser Dieu. Notre situation a une forme de sens même dans son absence la plus poursuivie».

En fin d’essai, l’auteur se penche sur quelques aphorismes de la main de Cioran. Pour n’en citer qu’un :

« Le secret de mon adaptation à la vie ? – J’ai changé de désespoir comme de chemise. »

Mais ce qui l'intéresse le plus surgit après cette entrée en matière : le penseur quand il s'interprète et s'analyse, quand il se fait psychologue, étant son sujet.

A l'inaccompli : non converti

N'y a-il pas un inaccompli typique? Dont on pourrait retracer pensées et cheminement? A défaut d'avoir pu s'accomplir, il dut se rabattre sur l'inaccomplissement qui, accompli, laisse un endroit où mourir. 

Le suicide fait référence (et délivrance) pour ce type, qui ne peut rêver d'autre accomplissement (manqué), justice ni hommage que par la restauration offerte par sa mort. Cette dernière salue réussites et échecs qu'à la fois elle sauve et dont elle sauve. Mais le suicide a lui-même un temps de validité limité qui peut être consommé, lorsqu'on est en dehors de l'échec de ce qu'on aurait pu réussir et que l'on ne peut plus réussir, lorsqu'on ne peut plus échouer non plus. Donal utilise alors un tournant assurément sans nul autre pareil dans sa démonstration, dont le ton et la fiabilité tranchent avec le reste de l'essai ": Kasparov a bien réussi aux échecs"*; en dernier ressort donc, pour cet inaccompli-là, une mort involontaire est préférable et plus sensée, au risque de ne plus advenir...

L'inachevé, même par le feu de tout bois, ne peut s'achever, car cela est contraire à sa nature... qui le poussera en marginal du suicide bien qu'il en soit cerné de toutes parts, quand bien même son unique horizon serait une sorte de voie lactée dans un ciel clair. Monter les marches du non-suicide... 

De l'inaccompli à l'incompris, l'écart est total. Pour être incompris, faut-il avoir pu s'expliquer. Mais pour celui qui s'est vu spolier de ses mots?

De ne pas être celui qu'on devrait être, assez seulement pour s'en ressentir, de cette trahison, motif d'effondrement, peut-être y a-t-il quelque chose à la clef à condition de résister? Vivre tout espoir vaincu? Moteur l'une pour l'autre (?), la crise d'identité entraîne la crise existentielle et l'omniprésence de l'inessentiel.

On ne change pas de visage facilement, il faut accepter d'être sans identité déterminée, de ne pas pouvoir mettre de visage sur son propre nom.

 

 

Œuvres dans l’œuvre, univers dans l’univers : les renvois des œuvres entre elles.

 

Perdure en effet l’existence d’œuvres réelles ou (in)créées à travers les écrits de Donal : des passages de A l’article de la vie sont cités bien ailleurs, par des personnages peu prodigues quant à leurs sources. Souvent ces passages (réécrits) apparaissent de façon relativement aléatoire au niveau de leurs contexte d'extraction comme d'incursion. Comment expliquer cette tendance quasi-systématique?

L’"œuvre collégiale collégienne " des Fausses Ordonnances est un exemple d'oeuvre fictive à notre connaissance (cela est indéterminable puisque ce livre ne refuse pas "l'éthique quête" autobiographique) dont nous retrouvons trace dans La vie est un cours d’eau tumultueux . Tout aussi intéressantes sont deux figures ou postures récurrentes: celle en général éloignée de l'action que nous nommerons le solitaire sectaire et celle parfois assurée par l'auteur lui-même de précepteur. Pour illustrer cette dernière, nous pourrions citer ce propos "Sois l'exception qui confirme la règle" et en déduire la difficile applicabilité (littéralement) pour les lecteurs. Dans son propos même et dans son accessibilité, ce précepte ne peut s'appliquer qu'à un lecteur, choisi (ou qui se choisit). C'est l'écrivain, lu, qui choisirait son lecteur, élu. Cela pourrait expliquer bien des attitudes donaliennes (il s'agit sans doute d'une réflexion justement trop littérale, ne prenant pas en compte l'humour particulier de l'auteur qui ne se voudrait au contraire pas précepteur par le même mot) mais aussi la formulation d'un voeu, que "la lecture efface l'écrit". En tout cas, ces deux figures mériteraient que nous nous intéressions à elles de plus près. Nous y réfléchissons.

Nous savons aussi combien Donal propose de "carrefours d'impasses" (notamment dans les Volte-face de la pensée), aucune des voies mises en avant n'offrant d'avenir, relevant plus sûrement du contre-sens. Mais, résolus, ne laissent-ils pas penser à une voie non écrite, pour laquelle il n'y a pas d'indication possible?

Et qu'en est-il de cet écrivain "dont il vaut mieux taire le nom" (Le Disparu du cercueil), qu'il vaut mieux désigner par ses initiales, n'est-il pas, ce "quidam", Fernand Donal? 

 

Reproches récurrents 

Plusieurs papiers s'attaquant à Donal seraient passés à la trappe. La thèse d'un réseau de protection démontée, tout comme celle d'un auteur unique passant de journaux en revues, on doit observer que ces papiers, qu'on le veuille ou non, portent involontairement l'étiquette de leur sujet, quoi qu'il y soit question, ici ou là, du reproche symétrique adressé à l'auteur d'être "passé par la trappe", ou encore d'être entré dans le cimetière de la postérite "dans le sommeil des veilleurs de nuit". Egratigné pour son style de publicitaire jouant sa dernière carte, il est stigmatisé le plus vigoureusement, non sans à-propos, pour son confortable anticonformisme, des prises de positions... vacantes, statut de vacataire des idées et des créneaux de pensée libres,  qui auraient pu avoir une histoire... Et pour cause, n'a-t-il pas multiplié non sans gratuité les contre-pieds? Ou pieds de nez, disent certains de ses rares défenseurs. Il est vrai que Donal, comme cela a été signalé à plusieurs reprises, passe par exemple d'une apologie "poussive" de l'autorité ( La vie est cours d'eau tumultueux) à sa satire jouissive (L'Affaire des Fausses Ordonnances...).

L'un d'eux mentionne quelques plagiats possibles s'expliquant ainsi la non-poursuite en justice de l'auteur: par le tabou, soit de lire lui-même le plagiaire, soit d'avoir à sa solde quelque lecteur engagé à cette fin, ou par la reconnaissance que le plagiat serait, dit-il, une affaire de conscience, aucunement de fidélité au texte. C'est donc moralement la qualité d'auteur que l'on usurpe même sans précédent, et non sa production dont l'identité adventice n'est pas automatiquement faute, argument somme toute ménardien.  

 

 

 *Nous remercions l'internaute nous ayant fait la suggestion "d'amalgamer l'auto-destruction à la roulette russe" mais le rapport ne nous a pas paru évident.